Naturellement, Jean-François Chevalier

Réflexion personnelle • 2007

Naturellement

Ce ne sont pas toujours les traces d’usure ou de vétusté qui révèlent la réelle mémoire et l’usage des objets ou des meubles indispensables à la vie quotidienne, abandonnés, recyclés, puis laissés là. Chaque épisode laisse son empreinte. Il arrive que ces reliques s’identifient avec une marque singulière, un tatouage indélébile caché, un repentir ou plus grave encore, une peine impardonnable à expier. Enfant, chez mes grands parents, souvent je jouais à me cacher derrière les meubles, dans les placards, sous la table ou la chaise. En fait, rien ne me faisait disparaître et je faisais l’objet de toute leur attention. Ce sont mes parents qui ont acquis leur maison et son mobilier. De cet intérieur modeste, je me souviens, en particulier, de portraits que mon père avait fait de ses parents, d’un poignard qu’un vieil oncle avait ramené des colonies. Le manche était en corne et l’étui jaune, gravé, mais il manquait la lame. Je me demandais pourquoi ? « C’était à cause des Allemands » disait ma grand mère. Mon grand père ne disait rien. Sa chaise aussi avait retenu mon attention bien carrée solide (il est vrai qu’il était costaud). Il faisait le jardin, élevait poules et lapins. De son souvenir, rien d’autre qu’une indéfectible affection répondant à mes désirs d’enfant. Je l’ai récupérée cette chaise. Elle a toujours été pour moi à son image. Elle est devenu sculpture. L’événement est un scoop, la représentation de taille. En la travaillant, sous le siège, je découvris, estampillée au fer, une croix gammée et un aigle ; Impensable ! Après tant d’années cette chaise !

Je l’ai recouverte avec du groisil de cristal transparent, en réservant un fenêtre sur cette authentique marque nazie. Voilà naturellement sur l’affiche, le Continuum assure l’envol de l’oiseau.