Jean-François Chevalier voit, pense et vit création. Laura Max
L’artiste lorrain Jean-François Chevalier est exposé à Toul jusqu’à fin décembre. Celui qui a été professeur de gravure à l’école supérieure d’art de Metz a une œuvre prolifique. S’il ne parle pas beaucoup, il ne s’arrête jamais de créer et trouve son inspiration dans « tout ».
JEAN-FRANÇOIS CHEVALIER VOIT, PENSE, ET VIT CREATION.
Ce n’est pas Jean-François Chevalier qui répond au téléphone. C’est toujours Marie-France sa femme qui décroche le combiné et se coltine les interactions sociales. C’est aussi elle qui parle le plus lors de l’entretien avec l’artiste. C’est « un taiseux » explique-t’elle. Mais Jean-François Chevalier rit beaucoup. Son visage est caché derrière sa longue barbe et ses lunettes. Il rit de l’admiration, peut être excessive que certains lui portent ; il rit des questions posées ; il rit de ces gens qui parlent trop, alors que lui dit peu et que c’est suffisant. Pour expliquer ce qui l’inspire, la réponse est si évidente. « Tout. » C’est une vision explique-t’il. « Il y a du potentiel partout ». Et puisqu’il préfère montrer que parler, il désigne une sculpture de taureau. Mais si on rajoute des cuillères en bois, des billes pour les yeux et que l’on assemble bien le tout, c’est un taureau. C’est donc ça, la vision de Jean -François Chevalier : voir le taureau avant qu’il n’existe. Voir l’œuvre partout. Sa maison en est une aussi : c’est lui qui l’a conçue et tous les mobiliers, de la longue table à la cheminée ancienne ont été sélectionnées. Il voit, pense et vit création. D’ailleurs que fait-il lorsqu’il ne crée pas ? Silence. Il lit, un peu. Des revues d’art.
ALBUMS SOUVENIRS
Qui est l’homme derrière l’artiste ? C’est la même chose pour Jean-François Chevalier. S’il fait une promenade en forêt, naîtra une série de gravures sur les plantes qu’il a observées. Si un sanglier envahit le jardin, il fera une œuvre avec une peau de sanglier… Tel un album souvenir, les œuvres de Jean-François Chevalier sont autant d’épisodes de sa vie.
L’art, c’est un peu un truc de famille : leur fils et l’une de leurs pettes fillessont dans le milieu, explique fièrement le couple. « Le fils trimballe les œuvres du père », rigole Marie-France. Il retranscrit sur la carrosserie de voiture de course les oeuvres de son père ,et les roule « Des performances » salue Jean -François Chevalier. Quant aux artistes qu’il admire, ce sont les « modernes ». Les anciens aussi ! Et l’art préhistorique ‘bref, un peu tout. Ses peintures sont intuitives ,ses gravures sont figurées, ses séries sont des souvenirs et « Les bêtes » exposées à Toul jusqu’à fin décembre, sont des rencontres au détour de l’usine de Pompey, lorsqu’il avait réalisé ses « Gueules d’enfer », en hommage aux travailleurs des usines sidérurgiques.
SANS LIMITES ARTISTIQUES
En 1980, il y avait été question de les déplacer à Paris, pour le centenaire de la Tour Eiffel, dont le métal vient de Pompey. « Quand on était au four de la pâtisserie de mon père, on voyait les éclairs de chaleur de l’usine, on entendait. C’est pour ça que j’ai fait ça. J’ai vu. » Si homme et artiste se confondent, alors Jean-François ne se limite pas à aucune case. Il n’est ni peintre, ni sculpteur, ni graveur, ni plasticien, ni quoi que ce soit : il est tout en même temps. C’est un improvisateur qui peut tout faire de ses mains. C’est grâce à son père qui peignait par plaisir que Jean-Francois Chevalier a eu le déclic de l’art. Et comme à ses yeux tout est art, il utilise beaucoup de recup’ « C’est tous les jours dimanche » est une série réalisée à partir d’affiches mal imprimées. C’est tous les jours le dimanche où Jean-François et Marie France se sont mariés.Si c’est lui qui a choisi cette oeuvre à présenter, il n’en a pas de préférée. Son site internet contient le recueil de ses œuvres année par année depuis 1968. Celui qui fut aussi professeur de gravure à l’école supérieure d’art de Metz, a une oeuvre prolifique : il ne s’est jamais arrêté.